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Ses
légions de fans s'évanouissaient durant ses scènes d'amour
dans A Walk On The Moon et s'accrochaient au moindre de
ses mots dans des films comme A Perfect Murder ou 28
Days. Maintenant, avec le rôle de Viggo Mortensen dans The
Lord of the Rings : The Two Towers, il est temps pour
tous les autres d'observer attentivement…
Pauvre Viggo... C'est déjà
stupide de perdre son portefeuille, mais le faire la veille du
jour où vous et votre fils de 13 ans devez prendre l’avion de
Spokane, Washington, pour rentrer chez vous à Los Angeles,
c'est vraiment trop bête. Et le faire alors que vous êtes
avec un journaliste qui fait votre profil en cherchant la
symbolique du moindre de vos gestes, c'est encore pire. Viggo
Mortensen est-il en train de renier ses responsabilités ?
Rejette-t-il sa récente stabilité financière obtenue grâce
à son rôle dans la trilogie du Seigneur des Anneaux ?
Où a-t-il simplement du mal à s'habituer à sa nouvelle place
dans le monde ? Qu'est-ce que cela vous inspire ?
« Ca
me dit que je devrais peut-être quitter mon putain de boulot »,
grogne Mortensen alors qu’il vide ses bagages pour la troisième
fois, fouillant dans ses poches, en espérant que le précieux
document apparaîtra par miracle. Il fiche la pagaille dans la
pile de livres sur les Indiens et de costumes entassés dans sa
remorque, sur le plateau de tournage d’Hidalgo, ici, dans les
plaines du nord-est du Montana. Le film, une grosse production
Disney épique, disponible cet été, est centrée sur le
personnage de Mortensen, Franck Hopkins, un messager du Pony
Express du 19eme siècle. Hopkins, qui est à demi-Lakota, entraîne
à la course son cheval, Hidalgo, contre les coursiers arabes d'un
Scheik du Moyen-Orient, dans une recherche de la rédemption à
la Don Quichotte. Après plus de 15 années obscures dans le métier,
l’acteur de 44 ans a son propre solo dans un film majeur
d'Hollywood.
« Peut-être
que je devrais simplement faire ce film et puis tout arrêter »,
dit Mortensen avec un soupir épuisé. Et il ne bluffe pas. Après
tout, il a une autre vie (ou deux, ou trois) : Mortensen a
publié cinq livres de ses peintures, photos et poèmes, et a eu
cinq expositions dans des galeries de Los Angeles et New York.
Il a aussi produit quelques CDs de musique expérimentale.
« Certaines
personnes n'ont pas la plus petite fainéantise, en eux »
dit un de ses amis, le producteur Don Phillips. « Viggo
est de ceux-là, qui ont besoin d’être constamment en
mouvement. Il peut parfois râler et grogner à ce propos, mais
il adore être occupé. »
Actuellement sous le périlleux régime de cinq heures de
sommeil, il jongle avec le journaliste, son camion qu'il doit
ramener chez son frère à 300 miles de là dans l'Idaho, son
fils et son rôle dans Hidalgo, pour lequel il doit se rendre
à Morroco dans trois jours pour continuer la production.
« Je
suis exactement comme tout le monde ici : décalé. »
Mortensen
s'est très joliment résigné à la probabilité que son
portefeuille a été égaré par un assistant de production
distrait, en rangeant sa remorque. Bien sûr, il pourrait avoir
été volé, mais il préfère ne pas penser de cette façon.
Sans carte d'identité, il ne pourrait pas grimper dans un
avion, et il devra conduire pendant 1300 et quelques miles jusqu'à
Los Angeles, et être ainsi de retour à temps pour « expédier
toutes ces conneries » (y compris la séance de photos
pour ce magazine) avant de s’envoler pour l’Afrique du Nord.
Mais en dépit de ses grognements croissants, Mortensen ne
semble pas en colère. Ou entièrement surpris. En secouant la tête
avec résignation, il emballe le reste de ses affaires dans son
camion.
« Oh,
mon vieux, je suis crevé. Crevé. Et encore plus crevé »
dit-il avec un sourire fatigué. « Mais je suis déjà
persuadé que ça va faire une partie très drôle de ton
interview. »
*
* *
C'est notre Aragorn, l'héritier d'Isildur, Seigneur des Dùnedains,
le dernier des Nùmenors. Celui Qui Devrait Etre Roi. Aussi
connu sous le nom de Grand-Pas, c’est un ranger, un homme
d’armes habile et un grand voyageur. Dans l’adaptation par
Peter Jackson du classique Le Seigneur des Anneaux de JRR
Tolkien, Aragorn est le courageux humain qui aide à conduire
les neufs membres de la Communauté - un petit groupe de
Hobbits (Elijah Wood, Sean Astin, Dominic Monaghan et Billy
Boyd) le magicien Gandalf (Ian McKellen), un elfe nommé Legolas
(Orlando Bloom), le nain Gimli (John Rhys-Davis) et un autre
humain, Boromir (Sean Bean) – dans leur quête pour détruire
l’Anneau, source de malheur entre s'il tombait entre les mains
du sombre Seigneur Sauron, qui instaurerait un règne de terreur
et la chute de toutes les terres du Milieu.
La trilogie de l'Anneau a commencé à Noël dernier avec La
Communauté de l'Anneau, introduisant le conte de Tolkien à
ceux qui n'avaient pas lu le livre, et lançant la Communauté
vers la tanière de Sauron, en Mordor. Le film s'est achevé
avec la trahison de Boromir envers la Communauté, et son exécution
par un Orc partisan du magicien maléfique Saroumane, et avec la
Communauté divisée. En voyant la foi absolue qu'a Peter
Jackson envers le texte de Tolkien, Les Deux Tours, en décembre,
suivra sans nul doute la Communauté éclatée en trois groupes,
sur chacun des obstacles variés qu'ils rencontreront sur le
chemin de la tour noire de Sauron, Barad-Dûr, et celle de
Saroumane en Isengard, Orthanc. Nous devrons attendre jusqu'au Retour
du Roi en décembre prochain pour que l'odyssée culmine, et
pour que le roi – c’est lui, Aragorn – accède à son trône.
La
Communauté a obtenu 13 nominations aux Oscars et plus de 860
millions de dollars au box office. Avec les deux autres films en
cours (tous les trois ont été filmés en une seule fois, sans
précédent, pendant 15 mois en 1999-2000), ce sont des billions
potentiels en profit total.
Mortensen devenu soudain une tête d'Hollywood, spécialement
pour les post-adolescents, est une des nombreuses success story
dues au Seigneur des Anneaux (avec le succès brillant de
la New Line, Jackson rejoignant la liste des plus grands réalisateurs,
et les différents effets spéciaux). Ce qui ne signifie pas qu'il
n’était pas un bon acteur avant. A travers les années,
Mortensen a tranquillement forgé une impressionnante
filmographie : un paumé sous la direction de Sean Penn à
ses débuts, The Indian Runner, comme sergent sadique
opposé à Demi Moore dans GI Jane, comme le fruit défendu
à la fois pour Gwyneth Paltrow et Diane Lane, respectivement
dans A perfect Murder et A Walk On The Moon.
« Sûr, nous pensions qu'il allait décoller, après
The Indian Runner » dit Phillips. « Mais
Viggo a repoussé pas mal de projets qui auraient fait une sacrée
différence dans sa vie simplement parce qu’il n’avait aucun
lien créatif avec eux. Viggo est son propre homme. Il n'est pas
dicté par la machine Hollywoodienne. Nous pensions qu'il
finirait par l’être après GI Jane, quoiqu'il arrive. Et
maintenant il est dans le plus grand film de… hé bien, peut-être
de tous les temps. »
Mais « le plus gros film » et « Hollywood star »
sont des notions conventionnelles dont Mortensen se fiche éperdument.
« Pour Viggo, je crois que c’est l'expérience du
travail bien fait et d’atteindre ses plus hautes limites qui
sont sa mesure du succès » dit Diane Lane. « C'est
génial d'être capable de se transformer et disparaître, et se
transformer encore, et réapparaître. Le seul problème pour
Viggo, c’est que ce n'est plus un secret. »
*
* *
La vérité, c'est que ce n’était pas censé se passer de
cette façon. Pendant l’été 1999, alors que Mortensen et son
fils s’offraient un voyage de 15000 miles à travers les
Etats-Unis pour rendre visite à des connaissances et amis, l'acteur
irlandais Stuart Townsend se préparait pour son rôle d'Aragorn
dans Le Seigneur des Anneaux. Mais après quelques
semaines de pré-production en Nouvelle-Zélande, Peter Jackson
avait déjà réalisé que l’acteur de 26 ans n’était
simplement pas la bonne personne pour le rôle.
« A
chaque fois que je parlais de ça à Peter, il disait :
‘Hé bien, je voudrais qu’il paraisse un petit peu plus
vieux’ » raconte le maquilleur José Perez, qui
essayait d’ajouter toujours un peu plus de gris dans la barbe
de Townsend. « Nous l’exagérions. Et Stuart et moi
savions très bien que ce qu'ils voulaient c’était un homme
plus vieux. »
Au matin du troisième jour de tournage, il fut annoncé que
Townsend allait quitter la production. « Certains
d’entre nous pleuraient » se rappelle Elijah Wood.
« Si vous pouvez imaginer : vous passez deux mois
avec quelqu'un dont vous supposez que vous aller passer l’année
et demie suivante avec lui. Nous avions formé des liens étroits
avec ce type. Que ça ait été un bon ou un mauvais choix, c’était
de toute façon traumatisant. »
Pendant ce temps-là, à Los Angeles, Mortensen était en train
de peindre et se préoccupait de la prochaine rentrée scolaire
d’Henry, lorsqu'il reçut un appel de son agent. Elle lui
offrait le rôle d'Aragorn - à condition qu’il prenne un
avion pour la Nouvelle-Zélande le jour suivant. N'ayant pas lu Le
Seigneur des Anneaux, Mortensen se tourne alors vers son
fils.
«
Henry a demandé : ‘quel personnage ?’. J'ai
regardé sur le papier que je venais de gribouiller et j'ai dit :
‘Strider ?’ » se souviens Mortensen. « Et
il a répondu : ‘Oh, c’est génial, il est cool !’ »
La première scène d’Aragorn devait être filmée dans moins
d'une semaine, mais Jackson n’était pas confiant dans le
choix qu'il avait fait. « On nous avait dit que ça ne
serait pas réalisable, parce que Viggo avait la réputation de
mettre un certain temps à entrer dans son personnage. »
dit Jackson, qui était en train de filmer la scène dans
laquelle les Hobbits parlent avec l’aubergiste de Bree, peu de
temps avant de voir Aragorn assis dans un coin. « Et
nous n'avions toujours pas d'Aragorn. » dit-il. Mais
au milieu de la prise, Jackson a été appelé hors du plateau
pour répondre à un coup de téléphone de Mortensen.
« Il m'a posé une série de questions très
pertinentes sur le personnage d’Aragorn. Je me suis emmêlé
dans mes réponses » dit Jackson. « Et comme
l’interrogatoire continuait, j’ai commencé à réaliser qu'il
n’allait pas le faire. Il était sombre, très sérieux. Et
puis sans prévenir, Viggo a soudain dit : ‘hé bien, je
crois que je vous verrai dans quelques jours !’»
Mortensen dit qu'il a compté sur la force de l'enthousiasme de
son fils et sur sa foi en son « J'aurais regretté de
ne pas l’avoir fait ».
Dans les 24 heures, il était dans l'avion, plongé dans un
exemplaire de la trilogie. Il ne lui a pas fallu longtemps pour
se rendre compte que le livre était « si densément
rempli d’allusions à tant d'archétypes et d’éléments
mythologiques » , dit Mortensen qui a longtemps
été passionné par le pouvoir des mythes. « Que ce
soit un poème français du 12ème siècle, une histoire
d’Indiens d'Amérique ou un conte de Muslim, ça n'a pas
d’importance. Il y a certaines choses, comme le voyage du héros,
que toutes ces histoires ont en commun. »
Et il comme il continuait à lire, il a développé une profonde
affinité avec Aragorn. « J'ai trouvé que lui aussi
avait des craintes et cachait quelque chose. » dit
Mortensen. « Vous utilisez ce que vous pouvez, lorsque
vous êtes acteur. Et avec le fait qu'il soit quelqu'un
d’aussi brave, courageux et se sacrifiant pour les autres,
mais aussi parfois si plein de doutes et d’insécurité à
propos de ce que les autres – et lui-même – pourraient
attendre de lui, m’a fait penser : ‘hé bien, oui, je
peux m’identifier à ça.’ »
*
* *
En conduisant vers l'ouest sur Twolane Route 2 du Montana,
Mortensen fume une American Spirit pendant que son fils se tient
sagement assis à l'arrière, regardant droit devant. Un
talisman argenté qu'ils ont fabriqué tous les deux, en forme
de mauvais-œil du Moyen-Orient, s'agite au dessous du rétroviseur,
avec une plume et deux petites roues médicinales Sioux.
Mortensen les tripote, essayant de les faire se tenir d’une
certaine façon, jusqu'à ce qu'Henry lui dise d’arrêter.
Journaliste :
J'ai entendu des histoires à propos de vos parties de pêches
dans les coins perdus de la Nouvelle-Zélande.
Viggo :
Henry, tu crois que je devrais lui raconter, pour le lapin ?
Henry :
C'est vraiment énorme…
Viggo :
Bon, ça arrive souvent que des lapins détalent juste devant
votre voiture, n'est-ce pas ? Hé bien, j'ai renversé ce
lapin, sur cette petite route perdue de la South Island, et je
voulais m’assurer qu'il était bien mort. S'il ne l'avait pas
été, j'aurais abrégé ses souffrances. Et comme il était bel
et bien mort, je me suis dit : ‘Pourquoi le gaspiller ?’.
Alors j’ai fait un petit feu et je l’ai mangé.
Journaliste :
C'est quelque chose que vous pensiez qu’Aragorn aurait fait ?
Viggo :
S'il avait été au volant d’une voiture et renversé ce
lapin ? Oui, il l'aurait fait. S'il avait eu faim, je
suppose.
Journaliste :
Je ne crois pas vraiment… C'était juste un truc à la
Viggo.
Viggo :
Je ne pensais pas : ‘Oh, c'est chouette, je pourrais
utiliser ça dans le film.’
Journaliste :
Ca ressemble à un truc d'Indien.
Viggo :
Il était frais. Ca, au moins, je le savais.
Les efforts intenses de Mortensen pour entrer dans la peau d'Aragorn
- comme ses retours à la vie sauvage, sur le tournage - sont
rapidement devenus légendaires parmi les acteurs et les
techniciens du film. Il pouvait dormir à la belle étoile au
bord de l’eau et camper dans la forêt, pendant que ses collègues
dormaient dans des chambres nettement plus confortables. Il
emportait son épée partout – que ce soit dans sa voiture ou
au restaurant. « Il est le plus fiable, le plus dévoué,
le plus… » dit Sean Astin. « Je n’ai
jamais vu un acteur faire les choses, comme ce mec les fait. »
Et il a franchi le pas rapidement : avec seulement quatre
jours pour s'entraîner à l'épée et monter à cheval, faire
les essais de costumes, et apprendre son texte, Mortensen s'est
soudain retrouvé en train de tourner la scène de combat de La
Communauté, dans la tour de garde, dans laquelle Aragorn
repousse les Cavaliers Noirs qui cherchent à s'approprier
l’Anneau.
« Je suis encore surpris de voir que c'est la première
chose qu'il ait faite » dit Wood, qui avait eu un peu
plus tôt un dîner avec Mortensen pendant lequel il avait trouvé
difficile de nouer le dialogue. « Mais quand il a
commencé à travailler, il n'y avait plus aucune question à se
poser. C’était Aragorn, c’était l'homme qui était fait
pour jouer ce rôle. Nous avions énormément de respect pour
lui, pour être capable de se mettre dans le bain si rapidement. »
Les facilités de Mortensen avec une épée devinrent tout de
suite évidentes. « Les personnes qui lui servaient de
professeurs disaient qu'il était incroyablement doué »,
dit Miranda Otto, qui joue la Dame Eowyn qui tombe amoureuse d'Aragorn.
« Il y a une scène à la fin du premier film, où
Aragorn reçoit un coup de couteau et le pare avec son épée. L'un
des cascadeurs qui devait le doubler disait : ‘Je n’ai
jamais été capable de faire ça [parer le coup], et Viggo
l’a fait du premier coup. Je le hais.’ »
L'humilité de Mortensen et sa volonté de faire ses propres
cascades lui ont valu le surnom de « Viggo le Sans-Ego »
parmi l’équipe. « Il était toujours en train d'inviter
les cascadeurs et de leur payer une bière pour s'excuser de les
avoir frappés trop souvent » dit Orlando Bloom.
« Il est simplement comme ça. L'énergie de Viggo est
infinie. Il n'a aucunes limites. »
Peut-être que la pire épreuve de la production a été les
trois mois de tournage pour le siège du Gouffre de Helm, une
retraite fortifiée adossée à une montagne, qui est l’élément
le plus important des « Deux Tours ». Dans
cette séquence, Aragorn, Gimli et Legolas rejoignent le peuple
du Rohan pour repousser les forces de Saroumane. Les mois de
tournage de nuit, sans repos, ont finalement eu raison de
Mortensen.
« Il était sur les rotules », rigole
le maquilleur Perez. « Il était virtuellement massacré
par tout le monde parce qu'il ne voulait laisser personne répéter
à sa place. Toutes ses articulations étaient pleines de bleus
et de coupures, et Dieu sait quoi d’autres. A chaque fois qu'il
avait tourné une scène, je lui demandais : ‘Alors, où
est-ce qu’ils t’ont frappé, cette fois ?’ »
Lors d'une prise, Mortensen se battait contre un Uruk-Haï, un
genre d'Orc puissant et féroce, lorsqu'une lame qui saillait
d’une armure lui entailla la face. « J’ai pensé :
‘Oh mon dieu, il est défiguré’ » se rappelle
Perez, qui vit ensuite que la lame avait d'une manière ou
d’une autre évité la chair de Mortensen mais lui avait fendu
une dent en deux. « J'ai dit : ‘Tu as perdu la
moitié d’une dent’. Il m’a regardé, et il a dit :
‘Cherche-la, tu devrais pouvoir la recoller avec de la super
glue’. Et j'ai dit : ‘Allez, arrête. Ne sois pas
idiot, on ne peut pas faire ça’. Mortensen a finalement fléchi
et est allé chez un dentiste, encore vêtu de son armure de
combat. »
L'engagement de Mortensen s'étend plus loin que la chair.
« Il a mis en Aragorn cette incroyable vie intérieure
que l'on ne voit pas autant dans le livre » dit Otto.
« Il est devenu de plus en plus Aragorn et de moins en
moins Viggo. »
Le désir de Mortensen de faire d'Aragorn plus qu’un héros
peut se ressentir dans son explication nuancée du caractère de
son personnage ou de son héritage des Nùmenor (une race
d’humains). Mortensen dit qu'il aurait aimé que La Communauté
soit plus longue et qu'il y manque en particulier des scènes
dans lesquelles ses relations avec les elfes sont plus
approfondies (il est heureux qu'il y ait dans l’édition spéciale
du DVD une version qui ajoute 30 minutes de scènes coupées.)
L'interprétation de Mortensen a souvent trouvé le chemin du
fax de Peter Jackson. « Viggo s'implique dans un projet
avec la même intensité que les réalisateurs du film – ce
qui est rare, pour un acteur. » nous dit Jackson.
« A la fin d’une longue journée de tournage, alors
que les autres acteurs se rendaient directement chez eux ou dans
un bar, Fran [Walsh, partenaire et co-scénariste] et moi
rentrions à la maison, penchés sur script pour la semaine de
tournage suivante. A minuit, un mémo manuscrit de 9 pages nous
parvenait par fax de la part de Viggo, soulignant ses pensées
à propos du travail de la journée et des quelques jours à
venir. Il nous suggérait quelques passages du livres à relire.
Ce n'était pas une exception. En 15 mois de tournage, c'était
devenu une règle. Dans les moments difficiles, c'était réconfortant
de savoir qu’il y avait quelqu'un ailleurs qui se prenait la tête
sur le même problème que nous. »
La forte identification de Mortensen avec Aragorn l'a brouillé
au moins une fois avec son réalisateur. L'acteur raconte avoir
entendu une interview à propos du Seigneur des Anneaux.
« Ils parlaient du point de vue de l'audience à propos
des Hobbits, parce qu'ils étaient le plus humains. Et puis, le
journaliste a demandé : ‘Et à propos d’Aragorn et
Boromir ?’. Ils ont répondu : ‘Hé bien, ces
hommes sont comme des machines à combattre, de nobles
guerriers, ils sont idéalisés’ » raconte
Mortensen. « Et j'ai pensé : ‘Complètement
faux. Ce n’est pas comme ça que Sean Bean l’interprète. Ce
n’est pas non plus comme ça que je l'interprète. Et ce
n’est pas comme ça que Tolkien l'a écrit. »
Mortensen finit par admettre que c'était Jackson qui avait fait
le compte-rendu. « J'étais surpris » dit-il.
Et puis, heureusement : « En fait, tout ça avait
été pris hors contexte ».
*
* *
La route est bordée de sapins clairsemés et que le vent trouve
son chemin à travers la Kootenai National Forest du Montana.
Mortensen cherche à apercevoir des daims et s'assure régulièrement
qu'Henry ne manque de rien, à l’arrière. Quelques fois,
Mortensen parle si doucement qu'il est presque inaudible. Ses
pauses fréquentes ne sont pas une opportunité pour répondre,
mais une respiration mentale avant qu'il se remette à
marmotter. Quand il est préoccupé par une idée, il semble
soulagé que son tour de parler soit passé. En dépit du fait
qu'il est mort de fatigue, quand il voit un lac qui regorge de
douzaines de poissons comestibles, Mortensen n'a qu’un hâte
c’est de s'arrêter et d'aller y plonger une ligne. Mais il
fait de plus en plus noir. Il baisse les yeux vers le magnétophone
posé entre nous et lâche un grognement apitoyé exagéré.
Viggo :
Henry, je n'arrête pas de demander à Tom quel est le sujet
de son interview, et il me répond qu'il ne sait pas.
Journaliste :
Allons. C'est à propos de vous et du « Seigneur des
Anneaux »
Viggo :
Henry, tu peux m'aider ? Regarde un peu cet idiot :
tout ce dont Tom veut parler, ce sont les Oscars, les
couvertures de magazines… et tout le reste…
Journaliste :
La célébrité, la célébrité…
Viggo :
Ouais… Ca… Oh, ça…
Journaliste :
Pourquoi ne pas parler de votre attitude à l’égard d'Hollywood ?
Viggo :
Henry, il a fait tout ce chemin jusqu'ici, et il veut parler
de ces trucs-là. Bonté divine… Tout ce que je peux dire, c'est :
bonté divine…
Mortensen a passé quelques unes de ses jeunes années ici, dans
l'Idaho, mais c'était juste l'une des nombreuse étapes d'un
long voyage. Son père d’origine danoise, Viggo Sr, qui a fait
pas mal de boulots différents (« dans des fermes et de
petits business » dit Mortensen) et sa mère américaine
vivaient à New York quand Viggo Jr est né, en 1958. Les
Mortensen déménageaient souvent, vivant en Argentine au
Venezuela et au Danemark avant que Viggo ne soit adolescent.
« Il était juste sans arrêt occupé » dit
Mortensen à propos de son père. « Il l'a toujours été. »
Après le divorce de ses parents quand il avait 11 ans,
Mortensen et ses deux jeunes frères revinrent s’installer
avec leur mère à New York, où il fit ses études. Mortensen
étudia la politique et la littérature espagnole (il parle
couramment espagnol et danois) à l'Université de St Lawrence
avant de partir au Danemark où il vendait des fleurs pendant qu'il
écrivait des poèmes et des nouvelles.
Au début des années 80, Mortensen suivit une petite amie à
New York et se passionna pour le théâtre et les films.
« Ce n'était pas seulement que j'aimais bien ça, j'étais
admiratif de la façon dont c'était fait », dit-il.
Il était particulièrement inspiré par les performances
d’Ingrid Bergman dans Jeanne d’Arc et Meryl Streep dans The
Deer Hunter. Il trouva une annonce pour le Warren Robertson
Theater et s'y rendit pour ce qu'il croyait être une audition
pour une pièce. Au lieu de ça, il se retrouva en train de
signer pour s'inscrire à des cours. Robertson l’encouragea et
tandis qu'il faisait différents petits boulots à côté,
Mortensen s'intégra dans le milieu.
« A peine franchi la porte, j'auditionnais pour des
premiers rôles dans des films de studios. » raconte
Mortensen, qui se rappelle avoir pris un avion en première
classe pour l’Angleterre, pour le premier rôle de Greystoke,
The Legend of Tarzan, Lord of the Apes. « La seule
chose que je savais, est que j'allais m’entraîner avec des
singes. »
Il n'a pas remporté le morceau. En fait, il n'en a pas remporté
beaucoup. Et quand il parvient à faire partie du casting de
films comme le Swing Shift de Jonathan Demme ou The
Purple Rose of Cairo de Woody Allen, ses scènes sont coupées
au montage. « Je voulais cesser de prévenir ma famille
quand j'avais été pris pour un film » dit-il. But
Mortensen persiste, fait enfin ses début comme fermier Amish
dans Witness, aussi bien que dans la satire culte de 1987 :
Salvation ! Il craque bientôt pour sa partenaire, la
chanteuse du groupe punk de L.A. « X’s », Exene
Cervenka. Ils se marrièrent cette année-là. (Au début des
années 90, ils ont divorcé. Leur relation actuelle est
« très bonne », dit-il. « Elle sait
que j'aime Henry, tout comme je sais qu’elle l'aime. En dehors
de ça, je la respecte en tant qu'artiste et je pense qu'elle me
respecte aussi en tant que tel. » Et pour ce qui est
de sa vie amoureuse actuelle : « Je ne pense pas
que ce soit intéressant » dit-il.)
La carrière de Mortensen commence à décoller après qu'il ait
gagné le Drama-Logue Critic Award pour sa performance dans
Bent, en 1987. Quatre ans plus tard, il reçoit enfin son
premier rôle principal.
« Je me souviens de Sean me disant après six semaines
de tournage » raconte le producteur Don Phillips
« ‘Don, Viggo va devenir une énorme star.’ »
Alors que Penn est à la réalisation et David Morse, jouant
l’autre frère, est ostensiblement la star du film, la
performance de Mortensen est ce qui ressort le plus. « Je
n'oublierai jamais cette nuit, où nous étions dehors et où
nous nous sommes rendus compte que l’affiche (avec les spots
de lumière centrés sur le personnage de Mortensen) était sur
Sunset Boulevard » dit Phillips. « Nous
avons traversé la route, et Viggo a dit : ‘Don, ça me
fiche la trouille.’ »
Dans les années qui suivirent, comme Mortensen participait à
des films de série B comme Boiling Point ou American Yakuza, ou
dans des films plus crédibles comme Crimson Tide et The
Portrait of a Lady, il maintient une certaine ambivalence
avec l’industrie du cinéma, particulièrement du fait qu'il
est le grain de sable dans la grande machine à faire des films.
« Qu'est-ce que vous pouvez y faire ? »
demande Mortensen, qui dit être moins frustré maintenant.
« Cela revient à ça : vous, vous fournissez le
bleu, eux fournissent les autres couleurs et les mélangent à
votre bleu, et puis peut-être qu'il y a encore un autre bleu
qui traîne dans un coin de la palette, ou peut-être qu'il
n’y en a pas. Peut-être qu'il n’est même pas supposé y en
avoir du tout, au début. Alors débrouille-toi pour faire un
beau bleu, amuse-toi et poursuis ta route. J’essaye de faire
ça. Parfois j’y arrive. »
Cela va plus loin qu’une simple métaphore. Tout au long de sa
carrière, Mortensen s'est toujours exprimé avec passion grâce
à d’autres outils, particulièrement la peinture, la
photographie et la poésie. Sur le tournage d'Hidalgo,
alors que l’équipe se mettait à l'abri durant une averse,
Mortensen profite du moment pour attraper son Hasselbald, un
appareil photo qu’il traîne depuis 20 ans, et photographie un
groupe de chevaux ruisselants d’eau, contre une clôture. En
fait, il passe son temps à prendre des photos (et tout
particulièrement de son fils). Roulant avec lui sur une route,
vous devez vous attendre à voir Mortensen se garer sur une ornière
et sauter hors de la voiture pour photographier quelque chose
qui a retenu son regard.
« Il ne peut pas passer à côté de quelque chose qui
l'intéresse et l'ignorer », dit Miranda Otto.
« Regardez ça en face : jouer un rôle n’est
pas toujours un boulot particulièrement créatif. Je comprends
pourquoi il veut faire d’autres choses à côté, où il n'a
pas besoin de collaborer avec d’autres personnes. C’est plus
pur. »
Alors que Mortensen concède que « ce n'est pas vous
qui effectuez le travail final, dans un film », il décortique
ses autres passions : « Je crois que c’est
partout la même chose. La façon dont je me sens lorsque je
fais telle ou telle chose, en essayant de rester ouvert à ce
qui pourrait arriver, vous savez, c'est ce qui se passe dans la
photographie, la poésie, la peinture et le métier d'acteur. »
Dennis Hopper, que Mortensen a rencontré en travaillant sur The
Indian Runner, est un ami et un frère spirituel : les
deux peignent, dont de la photo, et « sortent dehors et
regardent les choses » ensembles. « La
plupart des acteurs semblent penser que leur art se limite à mémoriser
des mots écrits par d’autres » dit Hopper, qui se
sent frustré par la façon dont on juge les acteurs qui font
d’autres choses à côté. « Ils pensent toujours
‘Oh, il joue’ »
Hopper croit que la passion de Mortensen pour les arts est
authentique. « Rainer Maria Rilke a dit quelque chose
comme ‘Si vous vous demandez, dans les heures les plus
silencieuses de vos nuits, si vous seriez capable de refuser de
créer, est-ce que vous pourriez en mourir ? »
dit Hopper. « Je sais que Viggo s’est posé cette
question. Et sa réponse était ‘Oui.’ »
*
* *
« Va te faire foutre, pauvre connard ! ù%*£* !:°¤ù »
(note de la traductrice : désolée, je ne suis pas experte
en traduction d’injures et je peux assurer que celle-là
est intraduisible ! lol) Apparemment, la renommée de
Mortensen ne s’est pas étendue jusqu'à la ville de Libby,
Montana, où nous nous sommes arrêtés pour acheter des
sandwiches. Alors que de gros camions Ford nous dépassent, une
petite Nissan blanche s'arrête en plein milieu de la route et
une jeune femme braille, la moitié du corps sorti par la fenêtre
de la portière. « Pauvre connard ! »
nous hurle-t-elle alors de gros rires de gamins s’échappent
de la voiture bien chargée. « Va te faire mettre ! »
Près d'eux, Mortensen continue de parler dans son téléphone
portable et encaisse sans broncher l’assaut verbal. De l'intérieur
du camion, Henry se marre pendant que je me dirige vers une
poubelle. « Pauvre connard » achève
Mortensen avec un sourire amusé, en me regardant.
La plus solide base de fans de Mortensen se trouve chez les
jeunes femmes de plus de 20 ans. Ses attraits physiques – le
regard profond, les pommettes hautes, les joues creuses, le côté
un peu brut – sont évidents. Il a été nommé par People
comme un des plus beaux hommes de 2002, mais, là encore, cela
va plus loin que le physique.
« A partir du moment où je l'ai vu à l’écran »
dit Otto, « je me suis dit : ‘Merde, il est
incroyable ! Ca c’est un personnage dont je ne vais pas
avoir besoin de prétendre être amoureuse ».
Diane Lane aussi y a été sensible : « Je pense
qu'il a cette qualité de se connaître lui-même qui met au défi
les gens qu'il rencontre – peut-être sans qu'il s’en rende
compte. Mais la charge électrique de ce défi du ‘Jusqu’à
quel point vous connaissez-vous, vous ? Parce que moi je me
connais vraiment bien’, vous savez, c'est le genre d'expérience
silencieuse que l'on a de Viggo. Il est tout autant fasciné par
les autres gens. Et quand vous combinez ces deux éléments,
c’est vraiment charismatique. Cela peut définitivement être
qualifié de ‘sexy.’ »
C’est à peu près impossible d'avoir une conversation sérieuse
avec Mortensen sur ce sujet. Lisez plutôt ce qui suit :
Journaliste :
A votre avis, qu’est-ce qui vous rends si sexy ?
Viggo :
Je ne sais vraiment pas comment je peux répondre à une
telle question. Je suis sûr que c’est tout simplement comme
ça, de la même façon que d’autres pensent que je suis une
vieille carne.
Journaliste :
Je crois savoir que Brad Pitt est le type même du beau
gosse, dans le métier, et vous êtes le… vous savez…
Viggo :
… la version ‘vieille carne’ ? Vous pensez qu’on
devrait jouer des frères ou quelque chose comme ça ?
Journaliste :
Vous pourriez.
Viggo :
Ou des amants ?
Journaliste :
Peut-être des amants, oui.
Viggo :
Et vous pensez que des gens paieraient pour aller voir ça ?
Contrairement à la plupart des célébrités, qui ont
habituellement quelques fonctionnaires pour répondre à leur
courrier, Mortensen ne se contentait pas de lire chacun des
messages qu'il recevait : il répondait « à
chacun d’eux » dit-il. « Mais à la fin de
ce mois-ci, j’arrêterais de le faire. J’apprécie beaucoup,
mais je ne peux pas passer plusieurs heures par jour à
m’occuper de ça. » Ses séances de dédicaces de
livres et ses expositions sont en train de se transformer en
attroupements, comptant parfois plusieurs centaines de
personnes, comme ce fut le cas à un vernissage, à Santa
Monica, l’année précédente. « C'était blindé de
femmes entre 20 et 45 ans. Simplement là pour voir Viggo »
raconte Phillips. « Pas forcément pour voir ses œuvres. »
Mortensen dévie l’attention : « C’était dû
au Seigneur des Anneaux » hésite-t-il.
En réalité, l'humilité et la générosité de Mortensen ont
fait de ses collègues du film ses plus grands fans. Ils
racontent la fois où une tempête de neige a fait cesser le
tournage. Les acteurs étaient transportés bien à l'abri
pendant que Mortensen grimpait au volant d'un 4x4 et retournait
sur le plateau pour se dépêcher de recueillir les petites
doublures des Hobbits et les empêcher de se faire recouvrir de
neige. Il y a aussi les nombreux cadeaux, habituellement de très
belles photos originales, qu'il offrait à ses nombreux amis,
sur le plateau.
Mortensen semble avoir gagné l’amitié de tous ses
partenaires du film, Bloom en premier. « Il était si
prévenant et si généreux » raconte l’acteur de 25
ans. « Pour un jeune acteur débutant dans le métier,
il était la plus formidable éducation que j’aurais pu
recevoir. »
Bloom raconte une histoire qui eut lieu lorsque que l’équipe
retourna en Nouvelle-Zélande durant l’été 2002 pour des
prises de son et des raccord pour les Deux Tours.
« J'avais pris un vol simplement pour venir rendre
visite à Viggo » dit Bloom, qui avait entendu dire
que Mortensen organisait un dîner. Lui, Mortensen et Henry, Ian
McKellen, Liv Tyler (qui joue Arwen), et quelques membres de
l’équipe prirent un bus pour aller dans la campagne. Après
le dîner, Bloom et Henry sortir faire quelques pas dehors et
remarquèrent à quel point la lune était belle, brillant sur
une rivière toute proche.
« Nous sommes rentrés en courant et avons dit ‘Tout
le monde doit voir ça’ » se rappelle Bloom.
« J'étais en train de vivre un moment façon Viggo –
se ruer comme ça dehors, entraîner les autres et leur montrer
la lune. »
Certaines décidèrent de mettre les pieds dans l’eau et
d’aller jusqu'au courant, mais Mortensen leur a suggéré que
c'était plus dangereux de traverser carrément la rivière.
« J'ai fais ‘T’es fou’ et il a dit ‘Allez,
viens’. Alors nous étions pieds-nus, dans l’eau jusqu’à
la taille, marchant jusqu’à ces petits rochers de l’autre côté,
et j’ai fait ça parce que je suis un abruti et que je suis
son exemple. Parce que c’est un abruti. Et parce qu’il est
fascinant. » Bloom rigole : « Je ne peux
pas croire à quel point tout ça est en train de faire penser
que je suis complètement amoureux de ce gars ! »
*
* *
Après avoir traversé l'Idaho et passé la nuit, Mortensen et
moi prenons un chemin dans la forêt près de chez son frère,
pour changer un peu d’air. Heureusement, la compagnie aérienne
va le laisser utiliser une copie faxée de son passeport, donc
lui et Henry pourront finalement prendre leur vol pour quitter
Spokane. C’est un souci de moins. Mais il veut que je sache qu'il
n’a pas été capable d’articuler la moindre idée valable
dans le brouillard des deux jours précédents.
En plus de décomposer son amour pour le Happy Gilmore d’Adam
Sandler (sur lequel nous avons passé 20 minutes à discuter, la
nuit d’avant) et d’exposer les vertus de l’individualisme,
il veut parler du premier jour de tournage d'Hidalgo,
dans le Montana, quand une pluie torrentielle entamait le moral
de l’équipe.
« Ils avaient l'air si foutrement misérables que
brusquement s’en est devenu hilarant » dit-il. Le
point à retenir : « Vous pouvez tout contrôler
dans votre vie ou vous pouvez simplement laisser faire. Il y a
des réalisateurs qui résistent, qui généralement hurlent et
combattent les éléments, combattent la nature. Et dans la foulée,
rendent la vie des autres infernale. »
Mortensen croit qu'il y a un ordre dans le chaos. « Vous
savez, il y a des élément effrayants et inattendus qui
dirigent nos vies. Vous devez vous faire à l'idée de souffrir
un peu » dit Mortensen. « Vous connaissez le
philosophe Schopenhauer, n'est-ce pas ? Il raconte comment,
au delà du hasard, il y a un véritable but dans le destin de
quelqu’un qu’on peut apercevoir à l'occasion. Quand vous êtes
un vieux bonhomme, vous pouvez regarder en arrière et peut-être
que dans cette vie errante il y aura un fil conducteur. Les
autres peuvent le voir mieux que vous, parfois. Mais quand vous
y jetez un œil vous même, vous le voyez plus clairement que
personne. »
Le coup d'œil est essentiel. C'est pourquoi il photographie,
peint, court dans tous les sens – et c'est pourquoi il est
acteur. « Vous essayez de communiquer avec les autres
et avec vous-même, que ce soit à travers une photo, un e-mail,
ou une idée. Ou bien si je veux juste vous montrer un étang.
Simplement, faire l’effort. »
« Il y a un désir à assouvir » dit
Mortensen. C’est pourquoi il a écrit ce poème, intitulé
« Matinee », en 1997. On y lit :
After years of merging and allowing
Yourself to be assimilated
Your hair and clothes
Have turned brown
Then, one afternoon you leave a theater
After seeign the restored
Version of "The Hero Returns”
And find yourself wanting
To be treated special
- [Après des années
passée à vous fondre et à vous faire admettre pour être
assimilé,
- Vos cheveux et vos vêtements
sont devenus gris.
- Et puis, un après-midi,
vous quittez un cinéma après avoir vu une version
restaurée du « Retour du Héros »
- Et vous vous rendez
compte que vous voulez être traité de façon spéciale.]
« Je me souviens de moments particuliers comme celui-là »
dit-il. « Etant gosse et sortant d'un cinéma, et me
sentant lié avec les gens que j'avais vu à l'écran. »
The Hero Returns n'est pas un vrai film. C'est plus qu'un idéal
– et en cela, le public de Mortensen sera lié avec lui quand
ils entreront dans les cinémas, en Décembre.
« Dans
une histoire comme Le Seigneur des Anneaux, le fait que Sauron
et l’Anneau soient maléfiques est un détail, pour moi. Même
si nous n'avions pas à porter l'anneau quelque part près de la
Montagne du Destin. Même si nous étions tous morts. Ca n’a
pas vraiment d’importance » dit Mortensen. « C'est
le fait que tout le monde décide de se retrouver ensemble et
d’entreprendre ce voyage. C’est ça le truc. C’est ça le
miracle. »
***
Par Tom Roston
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