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Quand on lui
parle du dernier volet de la trilogie du Seigneur Des Anneaux,
Le Retour Du Roi, Peter Jackson arbore son plus large
sourire. Une expression entre la satisfaction, le secret bien
gardé de grandes surprises en cours de finitions, et une pointe
de malice. Aux questions inquisitrices, forcément indiscrètes
pour son vigilant entourage, le cinéaste le plus barbu de
Nouvelle-Zélande répond par des propos courts. Pas question de
lever trop tôt (et trop haut) le voile... Qu'en sera-t-il de
Gollum dans l'épilogue de la saga ? "On verra, lors d'une
séquence flash-back, son visage de Hobbit avant même que
l'Anneau ne le métamorphose physiquement." Une information
bonne à prendre, et, pour le comédien Andy Serkis à 100%
numérisé dans Les Deux Tours, une reconnaissance
méritée. Et le film, on le verra quand ? "Pas tout de
suite. Attendez donc que je m'attelle sérieusement au
montage." Ce qu'il vient de faire, au terme des vacances de
Noël et de la Sainte-Sylvestre. Une petite pause avant le
trvail de titan qu'implique l'achèvement de la trilogie.
"Entre La Communauté De L'Anneau et Les Deux
Tours, j'ai repris le travail un peu tard. Pas question que
cela se reproduise sur Le Retour Du Roi. Le dernier roman
de Tolkien étant mon préféré, j'ai la ferme intention de
livrer le meilleur film possible. Meilleur que les deux
précédents. C'est toujours à force de travail que les choses
évoluent dans le bon sens." Déjà,
les comédiens, de Ian McKellen à Liv Tyler, se préparent à
un nouveau séjour en Nouvelle-Zélande, en pleine Terre du
Milieu, dans la perspective des "re-shoots", à savoir
le tournage de séquences supplémentaires indispensables à la
fluidité et à la compréhension de l'histoire, et qui seront
décidées après un premier bout-à-bout des scènes
préalablement tournées. Il est un peu tôt pour en déterminer
le contenu. Une certitude, cependant : le scénario reste
évidemment très fidèle au récit original de Tolkien.
"C'est le meilleur de la trilogie. Il ne faut pas s'en
écarter", s'engage Peter Jackson, illustrateur d'une
histoire plus foisonnante, plus riche encore que les deux
précédentes. Désormais en phase avec lui-même, Aragorn
accepte qon titre d'héritier des Rois Antiques et prend le
commandement des forces du Bien contre les troupes de Sauron. La
ville fortifiée de Minas Tirith subit un siège sévère tandis
que Frodon et Sam, guidés par un Gollum plus schizophrène que
jamais, avancent vers la Montagne du Destin pour détruire
l'Anneau. Gollum trahit et amène les deux Hobbits dans le
piège de Shelob, une gigantesque araignée... La suite
s'articule autour d'une impressionnante série de
rebonsissements propices à des morceaux de bravoure d'une
ampleur inédite. Des batailles surtout, qui devraient surpasser
l'attaque du gouffre de Helm des Deux Tours et des mines de la
Moria de La Communauté De L'Anneau, mais également
l'affrontement de Théoden et du roi des Nazgûls, la perte de
contrôle de Frodo sous l'emprise totale de l'Anneau, la
déchéance de Saroumane... Dans ce dernier cas, il s'agit d'une
scène encore très opaque dans ses détails. "De la
disparition de Saroumane, Peter Jackson a tourné pas moins de
cinq versions différentes. Je n'ai aucune idée de celle qu'il
va retenir dans le montage final", commente Christopher
Lee, titulaire d'un rôle magistral de fourberie et d'ambition,
rôle qui devrait s'étoffer encore un petit peu au gré des
"re-shoots" de Peter Jackson. Lequel trépigne
d'impatience à l'idée d'attaquer la post-production du
troisième volet de l'épopée fantastique. Le film, il l'a
déjà bien en tête. "Il aura des proportions gigantesques
et une dimension réellement biblique, surtout dans son
dénouement. Tout y sera plus vaste. Plus émouvant aussi. Je
compte bien restituer l'émotion du roman et la porter à
l'écran de manière à faire couler des larmes. Il y a dans le
roman une portée spectaculaire certes grandiose, mais
également quelque chose de très intimiste, une tristesse
profonde que je souhaite relayer à l'écran avec le même
regard que les morceaux de bravoure." Toujours
en équlibre entre les fastes de la fresque mythologique et le
reflet des sentiments les plus intimes, Peter Jackson entend
donc achever la trilogie du Seigneur Des Anneaux en
beauté. Exactement comme il l'avait commencée en
décembre 2001... Par
Marc Toullec |
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Autopsie
d'un succès.
Pourquoi les
Elfes, Orques et Hobbits Tolkieniens attirent-ils autant les
foules ? Qu'a rapporté l'adaptation cinématographique du
"Seigneur Des Anneaux" ? Tentatives de réponses avec
Nicolas Bonnal, expert e la matière.
"Mon
oeuvre a échappé à tout contrôle." John Ronald Reul
Tolkien ne croyait pas si bien dire. En publiant sa trilogie en
1954-1955, sa maison d'édition Allen & Unwin s'attendait
tout au plus à vendre quelques milliers d'examplaires. Il y en
aura des dizaines de millions, traduits dans quarante-cinq
langues. Si la première adaptation cinématographique, conçue
sous forme d'animation en 1978 par Ralph Bakshi, ne rapporta que
30 471 420 dollars, lorsque Peter Jackson se met en tête de s'y
coller, l'engouement frise l'hystérie. La suite rime avec pluie
de dollars. Sorti en décembre 2001, le premier volet - Le
Seigneur Des Anneaux, La Communauté De L'Anneau - terminera
sa carrière française avec le soutien d'une armée de 6 843
091 spectateurs, les recettes aux Etats-Unis totalisent 313
millions de dollars (et 862 millions dans le monde), plaçant le
film à la cinquième place au hit-parade de tous les temps,
derrière Jurassic Park, Star Wars I : La Menace
Fantôme, Harry Potter à l'Ecole Des Sorciers et
l'incontournable Titanic avec son milliard et huit cents
millions de billets vert vendus. Le
jour de leur lancement - autour du 19 décembre - dans plus de
12 000 salles à travers la planète, Les Deux Tours avaient
déjà rapporté 46 millions de dollars. Au 29 janvier, le même
film avouait des gains chiffrés à 310 436 000 dollars sur le
sol américain, 423 307 786 dollars dans les autres pays, soit
déjà 733 743 786 dollars. Soit 21 millions pour l'Australie
(contre 24 enregistrés à la fin pour le premier volet), 2,1 en
Afrique du Sud (1,8), 1,7 en Malaise (1), 1,2 aux Philippines
(1,4), 8,9 à Taïwan (6,6), 5,8 en Belgique (5,9), 266 907 en
Bulgarie (157 460), 1,2 en Tchécoslovaquie (2,5), 4,4 en
Finlande (4,9), 715 218 en Finlande (659 728), 2,1 en Israël
(2,7), 8,9 en Norvège (7,9), 27 en Espagne (28), 3 en Turquie
(4,1), 1,7 en Argentine (3,2), 6,4 au Brésil (10,3), 2,2 en
Colombie (2,9), 1,3 à Porto Rico (1)... En France, au 22
janvier, 6 437 116 personnes l'avaient vu. Pas mal. Il
est vrai que la presse nationale, hebdomadaire, mensuelle et
quotidienne n'a pas mégoté sur les superlatifs et autres
expressions laudatives. En vrac, "SFmag" lui décerne
la note de 8 sur 10, "Maximal" écrit : "Que
ceux qui trouvaient déjà La Communauté De L'Anneau
spectaculaire, se préparent à un choc sans précédent."
"Karaté" emploie le terme "sublime",
"Okapi" donne dans la "fantastique",
"VSD" penche pour "hallucinant", pour
"Le Point" c'est "un souffle épique"...
"Le républicain Lorrain" estime pour sa part que le
film est "paré de ses meilleurs atouts",
"Le maine Libre" le trouve "plus sombre, plus
intense, plus d'humour, plus...", "Paris
Normandie" qu'il est "aussi monumental que le
premier", "Sud Ouest" qu'"il y a du
Shakespeare dans cette représentation du monde",
"Libération Champagne" que "le Père Noël
est un Hobbit", "Centre Presse" pense
qu'"on n'a pas fait mieux". Et nous pourrions
continuer longtemps... Seul "Libération" met un
bémol, en compagnie des "Inrockuptibles". Pour ce
dernier, "le message écolo prête à sourire et l'on
s'ennuie ferme." ~~~~~¤¤¤~~~~~ Noir
c'est Noir Pas
la peine de vous faire un dessin, les deux volets riment donc
avec succès. Mais pourquoi le public s'est-il rué en masse
dans les salles obscures, pourquoi les livres se sont arrachés
comme des petits pains ? Nicolas Bonnal tente d'y répondre.
Ancien de Sciences-Po, historien auteur de nombreux ouvrages
dont un "Tolkien, les Univers d'un Magicien"
paru aux éditions Les Belles Lettres en 1998, happé par la
Tolkienmania sur le tard à 25 ans - il en a aujourd'hui plus de
40 -, il y voit plusieurs explications. Enfance
perdue, enfance retrouvée En
premier lieu "une mode de la littérature infantile revenue
avec "Harry Potter" et l'infantilisation du
monde adulte avec l'éclosion des bo-bos." En creusant la
question, il ajoute que l'engouement a été quasi-immédiat
parce que "quand Tolkien publie son oeuvre, les gens
pensent à une espèce de menace terrifiante liée au progrès,
à la civilisation des machines, et même à la Seconde Guerre
mondiale, avec le nazisme en toile de fond du Mordor. On peut
également y voir Staline, et avec Le Seigneur de l'Est lançant
ses troupes sur l'Ouest. Même si Tolkien termine par une
victoire, nous sommes dans un monde extrêmement fragile. Il y a
un contexte de guerre froide qui s'est métamorphosé en un
concept de pessimisme global, encore en vigeur. Jackson a
beaucoup insisté là-dessus, tout comme sur le côté
écologiste. Tolkien pleurnichait quand il voyait des
stations-service remplacer les bosquets de son enfance. C'est le
paradis des Hobbits. Je crois qu'il a enlevé, faute de place,
le nettoyage de la Comté dans Le Retour Du Roi. Dommage,
car c'est le moment où la Comté est soumise à la révolution
industrielle. Ce développement industriel fait peur à tout le
monde. Il y a là une vision assez noire de la fin des temps qui
fascine, qui effraie. Et qui explique aussi l'énome succès
obtenu par Titanic, métaphore sur la fin du monde avec l'idée
de l'amour. Là, on a un contexte de crépuscule global, de la
Terre du Milieu, de toute l'espèce humaine menaçée par une
force noire qui pollue tout, brutalise tout et transforme les
gens en machines. Cela répond en écho à l'abandon de nos
campagnes, au grand développement des villes, avec les
problèmes de la pollution, de l'insécurité. Dans
l'inconscient collectif, on a la vision d'un futur qui est
toujours noir. Aujourd'hui, de Minority Report à A.I.
ou autres, les films sont pessimistes." Est-ce
à dire que les jeunes se retrouvent derrière ces métaphores ?
"Oui, car ils pessimistes, ont peur de la pollution, des
marées noires, de l'avenir. Lorsque Tolkien connait un grand
succès dans les années 60, il ne faut pas oublier que c'est
grâce aux hippies, des gens qui veulent une organisation
microcosmique, des petites cellules comme celles des Hobbits, 'small
is beautiful' ! Ils luttent contre la civilisation
urbaine." Selon Bonnal, il y a encore autre chose qui joue
chez les enfants : "Le Seigneur Des Anneaux"
est un conte de fées gigantesque. Il ne fait pas cinq pages
comme chez Perrault, mais mille. Et on peut y retrouver le même
monde extrêmement binaire." Loin de rebuter, ces centaines
de pages attirent. Révolutionnaire
ou réactionnaire ? Autre
explication avançée par Nicolas Bonnal pour apporter de l'eau
au moulin d'un tel engouement : la dimension monarchique.
"Tout le monde rêve, quelque part, d'un roi perdu,
oublié, ou bien est dans l'attente du Messie, synonyme de salut
collectif, de retour à l'ordre des anciens jours. Tolkien
insiste sur l'idée que, grâce à un salut terminal, on peut se
débarrasser du Mal et ramener une espèce de Paradis
terrestre." Tolkien serait-il nostalgique du passé,
réactionnaire à sa manière ? "Sans aucun doute. C'est un
messager de la tradition. Il ne conduisait pas, refusait la
voiture, pour lui la station-service s'apparentait à l'arrivée
dur Mordor, donc cette idée du meurtre, d'où la résonance du
nom Mordor. Il croyait à la féodalité, à une communauté de
gens qui se connaissent de père en fils, et non pas à une
société métissée, de gens qui, comme moi, font le tour du
monde, il croyait en une humanité enracinée. Ses conceptions
politiques étaient assez réactionnaires, mais d'un autre
côté, elles nous fascinent. C'est très paradoxal, exactement
comme peut l'être l'interêt suscité par Harry Potter, un bon
élève désireux d'être bien vu par ses professeurs, prônant
les bienfaits du travail, ce qui est aux antipodes de l'école
d'aujourd'hui." "En
écrivant que son oeuvre lui échappait, qu'il avait produit un
monstre, selon ses propres termes, Tolkien entendait 'monstre'
au sens étymologique, c'est-à-dire quelque chose que l'on
montre. Parallèlement, c'est devenu l'un des livres les plus
importants de notre époque. Pourtant, personne, lui le premier,
ne pensait que cela se produirait. Au sens plus négatif, cet
ouvrage est devenu un monstre de marketing, de
commercialisation, de technologie. Tolkien ne serait d'ailleurs
peut-être pas content de voir le chemin que cela a pris."
Peut-on dire qu'insidieusement ou pas, ses écrits ont
influencé, à quelque niveau que ce soit, les hommes politiques
? "Ce n'est pas idiot, même si risqué." Et José
Bové, surferait-il sur la vague Tolkiennesque ? "Je n'irai
pas jusque là, même s'il a peur du progrès. Mais quand Peter
Jackson transforme les Elfes en Orques, il en fait des
créatures transgéniques. Le clonage aujourd'hui est un
processus 'mordorien' de transformation de la nature pour créer
des espèces d'entités effrayantes. A sa manière, Tolkien
défend le retour aux produits du terroir." Les
jeunes vont-ils chercher si loin derrière le film, creuser le
propos ? "Sûrement, mais dans quelle proportion ?
Mystère. Ils auraient pu le faire si la télé avait rebondi
sur le sujet." Fort de toutes ces considérations, Peter
Jackson est-il Tolkienien ? "Sans aucun doute. Mais si le
premier film m'a émerveillé - je n'avais rien vu d'un tel
niveau depuis 2001 -, avec le second et son côté plus grand
spectacle, il a cassé la structure narrative, changé les
personnages d'une manière grave. On adapte une oeuvre et on la
respecte. L'univers de Tolkien est machiste, mais ce n'est pas
un problème. Là, Jackson a voulu faire plaisir à ses
coscénaristes féminines. C'est devenu un festival d'effets
spéciaux et c'était justement le piège dans lequel il ne
fallait pas tomber. Jackson l'avait d'ailleurs déclaré."
N'empêche que Nicolas Bonnal se précipitera pour voir Le
Retour Du Roi, "Pas par obligation, par plaisir !" Par
Gwen Douguet |
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Viggo
Mortensen : Le choix des âmes C'est
a plus de 40 ans et après une quarantaine de films et de
téléfilms que Viggo Mortensen croise enfin l chemin d'Aragorn.
Le rôle d'une vie et la transformation d'une carrière en
fabuleux destin. De
tous les interprêtes de la trilogie du Seigneur Des Anneaux,
toutes catégories confondues, jeunes ou vétérans, Viggo
Mortensen est celui qui en récolte les plus grands bénéfices
en notoriété et en cote d'amour. Une célébrité inespérée,
à 43 ans, pour un interprète né à Manhattan de père danois
et de mère américaine, que la découverte à 20 ans des
oeuvres de Dreyer, de Pasolini, de Bergman et d'Ozu pousse à
l'art dramatique. Car avant que Peter Jackson ne le choisisse,
Viggo Mortensen végète sérieusement dans l'attente qu'un
cinéaste lui propose le rôle de sa vie. Porté
par le vague espoir d'une proposition digne de lui, le comédien
fait docilement son métier, laborieusement même depuis des
débuts modestes. Une apparition dans la série "Deux
Flics à Miami" en 1984, un rôle express de fermier
amish dans Witness, d'autres rôles mais coupés au
montage das l'inédit Swing Shift de Jonathan Demme et
surtout La Rose Pourpre du Caire de Woody Allen... Des
premiers pas sur les plateaux de cinéma plutôt hésitants.
Malgré sa belle gueule, Viggo Mortensen se fond dans la masse.
S'il obtient la vedette du thriller fantastico-carcéral Prison,
de Renny Harlin, il n'en tire aucune gloire particulière. Pas
très porteur, le registre de la série B, où bien d'autres se
bercent pourtant de l'illusion d'avoir atteint les sommets. Dans
le domaine, il fait également les beaux jours de Leatherface
: Massacre à la Tronçonneuse III entre deux autres
inconnus promis à un bel avenir, Renée Zellweger et Matthew
McConaughey. Pour la petite histoire, le film est une production
New Line, la compagnie à l'origine du Seigneur Des Anneaux.
Pourtant, entre des engagements alimentaires sur des titres sans
interêts (Young Guns 2, Extrême Limite) ou
d'autres plus motivants (L'Impasse de Brian De Palma),
Viggo Mortensen stationne dans l'anonymat des acteurs qui
courent les auditions. Reconnaissance zéro. A l'époque, deux
cinéastes décèlent cependant en lui un talent nettement
au-dessus de la moyenne : Sean Penn, qui lui confie le rôle de
l'ancien du Vietnam hanté et introverti d'Indian Runner,
et Philip Ridley qui lui trouve une place de choix dans son
univers onirique moite, tendance psychanalyse, avec L'Enfant-miroir
et Darkly Noon. De bons films, salués par la critique
mais diffusés dans une semi-clandestinité. La liste A du
gratin hollywoodien, ce n'est pas pour tout de suite. Au milieu
des anneés 90, les choses se décantent néanmoins pour Viggo
Mortensen, bien qu'encore très loin de figurer parmi les
premiers choix des studios. Lorsqu'il décroche la vedette d'un
film, il s'agit à nouveau d'un film de série B, le polar très
branché John Woo American Yakuza. Rien de déshonorant
cependant. Bon an mal an, le futur Aragorn du Seigneur Des
Anneaux mène son petit bonhomme de chemin. Militaire de fond et
de surface (USS Alabama, A Armes Egales), tueur (Psycho,
Meurtre Parfait), héros d'opérette (Daylight),
séducteur alcoolique (28 Jours, en sursis), amoureux
éconduit (Portrait de femme)... Des prestations
variablement marquantes, mais dans des films connus et vus à
l'échelle de la planète. Si Viggo Mortensen gagne désormais
fort bien sa vie, il demeure donc un étrnel second couteau,
même quand on le gratifie du rôle d'un Lucifer très
guest-star dans Prophecy. Le vent tourne enfin le jour
où Peter Jackson lui demande d'auditionner pour Le Seigneur
Des Anneaux. Il y a urgence : il faut remplacer Stuart
Townsend, trop jeune et trop lisse pour le rôlr d'Aragorn.
Viggo Mortensen adhère si bien au personnage que le
réalisateur prend sa décison en moins d'une heure. Une heure
qui bouleversera à jmais la vie de l'heureux élu. Bien
qu'ayant jamais lu Tolkien avant son recrutement, il se lance à
coprs perdu dans l'aventure sur les conseils enthousiastes de
son fils. Avec une passion telle qu'il porte ses costumes hors
tournage pour leur donner la patine nécessaire, et qu'il ne
quitte jamais son épée. Des efforts désormais récompensés
par l'accès à une large palette de projets. La possibilité
aussi de refuser le rôle de César Borgia dans le film de Neil
Jordan au profit du western Hidalgo, situé en Arabie, de
succéder à Richard Widmark dans la peau de Jim Bowie pour une
seconde reconstitution du siège d'Alamo... Poète, photographe,
peintre, musicien de jazz et comédien, Viggo Mortensen récolte
les lauriers de la patience, satisfait mais amusé que le
magazine "people" le classe parmi les cinquante plus
belles personnalités de l'année 2002... Par
Gwen Douguet |