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A quelques mois de la
sortie du dernier volet de la trilogie du Seigneur Des Anneaux, Viggo
Mortensen revient sur le tournage de la saga et sur le rôle très
physique d'Aragorn.
Depuis le rôle
d'Aragorn, est-ce qu'on te propose uniquement des personnages de héros
?
Oui, mais je m'y
attendais. J'ai déjà vécu ce genre d'expérience. Par exemple, quand
j'ai débuté, personne ne me laissait auditionner pour les rôles un
peu sombres à cause de mon physique. Un jour, j'ai fini par décrocher
un rôle de méchant et, après cela, il n'était plus question de me
proposer des personnages gentils et encore moins héroïques. On se bat
constamment contre les a priori dans ce métier.
Tu as un fils de 15
ans. Quels rapports entretiens-tu avec lui ?
Nous sommes très
proches. Notre seul point de désaccord concerne la télévision. Je
n'en ai pas et je tiens à ce qu'il la regarde le moins possible. Ca
l'ennuie, mais je crois que plus tard il m'en sera reconnaissant. Il lit
beaucoup et, ainsi, il utilise son imagination au lieu de rester
passivement assis devant un écran. Mais il a toujours eu la capacité
de passer des heures à s'amuser seul. Vous pouvez vous trouver dans la
même pièce que lui et il reste dans son monde sans que vous le
dérangiez. Il est génial, je ne sais pas ce que je ferais sans lui.
Qu'as-tu éprouvé
en reprenant le rôle d'Aragorn pour tourner de nouvelles scènes après
18 mois de break ?
Dès que j'ai remis les
vêtements du personnage, j'étais de nouveau dans a peau d'Aragorn.
C'était très facile. Peter Jackson est un perfectionniste. Il n'est
jamais satisfait de son travail et tente constamment de mettre la barre
plus haut. Cela rend les choses plus difficiles, mais le résultat en
vaut largement la peine.
Ton rôle est
certainement le plus physique du film. Comment as-tu supporté ces 18
mois éprouvants ?
Il est vrai que
parfois, j'étais si fatigué que je commençais à avoir des
hallucinations. Je finissais par croire que Liv Tyler était vraiment
une princesse elfe ! Heureusement, comme nous étions très proches les
uns des autres, il y avait toujours quelqu'un pour s'occuper de moi.
Nous ressemblions à une famille de cirque constamment sur les routes.
Cette équipe est la meilleure avec laquelle j'ai jamais travaillé.
On raconte que tu
t'étais complètement identifié à Aragorn au point de porter ses
vêtements an permanence...
Ce n'est pas tout à
fait vrai. Comme j'étais le dernier arrivé sur le plateau, j'ai dû
suivre une préparation intense avec un maître d'armes. Je n'avais donc
jamais de jours de repos et les autres acteurs me voyaient tout le temps
en costume. J'imagine qu'à cause de cela, ils ont eu l'impression que
je ne quittais jamais la peau du personnage. Mais la vérité, c'est
qu'il fallait simplement que je me mette à niveau pour assurer les
scènes de bataille de manière convaincante, chose que tous les autres
comédiens avaient eu le temps de faire avant le début du tournage. Les
films de la trilogie ne ressemblent pas à "Matrix" ou à
"Tigre et Dragon". Nous n'étions pas suspendus à des filins
et nos cascades n'ont pas été retravaillées par ordinateur. Quand
nous nous battions, nous le faisions vraiment. La sueur, la saleté, les
bleus... Tout est réel.
Quelle fut la scène
la plus difficile à tourner ?
Sans aucun doute celle
de la bataille du gouffre d'Helm dans "Les Deux Tours". Nous
nous sommes tous vraiment donnés à fond. Les cascadeurs ont passé des
jours à former les milliers de figurants au maniement des armes. Même
ceux qu'on ne voyait pas au premier plan ne restaient pas plantés là,
ils faisaient semblant de se battre eux aussi. Les figurants étaient
passionnés par leur travail, ils arrivaient plus tôt pour en apprendre
plus, ils lisaient et relisaient le livre... C'était formidable de
travailler avec autant de gens motivés. Ils étaient fiers de
participer à cette aventure et ils se sont même fait faire des
t-shirts pour commémorer leur participation au film. Si vous allez à
Wellington, en Nouvelle-Zélande, vous verrez ainsi des gens porter des
t-shirts où il est inscrit "Bataillon Uruk-Hai" ou
"Brigade des Elfes". Avant chaque prise, les Elfes et les
Uruk-Hais se provoquaient carrément à la manière des Maoris (les
indigènes de Nouvelles-Zalande, Ndlr). Ils se mettaient à entonner un
chant de guerre appelé le Maori Hakka, le même que celui exécuté par
les joueurs de rugby néo-zélandais avant les matchs. C'était très
impressionnant, voire effrayant.
Tes prises de
position contre la guerre en Irak ont choqué beaucoup d'Américains,
regrettes-tu tes propos ?
Non, au contraire. Au
moment où je parle, une grande partie de l'héritage historique, vieux
de 4000 ans, que nous partageons avec le peuple irakien est en train
d'être détruit. Nous devrons faire tout ce que nous pouvons pour nous
souvenir et préserver ce qu'il en reste. J'ai assisté avec beaucoup de
tristesse à la destruction stupide de manuscrits irremplaçables à
Bagdad. Je n'ai pas non plus manqué de remarquer que pendant que les
troupes d'occupation empêchaient les pillards d'accéder au Ministère
du pétrole, rien n'était fait pour protéger les bibliothèques, les
musées et les hôpitaux.
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