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Avec plus de
quarante ans de carrière théâtrale derrière lui, et
seulement dix à l'écran, Sir Ian McKellen évoque sa passion
avec la fraîcheur d'un jeune premier, du haut de ses 64 ans.
Celui qu'on appelle Gandalf quand on le croise dans la rue est
Shakespearien jusqu'au bout des ongles, pétri de tradition
théâtrale mais aussi prêt à tous les défis. Après avoir
adapté à l'écran RICHARD III en 1995, il se distingue dans
GODS AND MONSTERS, film dans lequel il incarne le réalisateur
des FRANKENSTEIN, James Whale, dans un rôle de vieux séducteur
homosexuel qui colle assez fidèlement à la réalité du
comédien. Il expose grâce à son interprétation du diabolique
Magneto dans X-MEN, pour ensuite être couronné par la trilogie
de Peter Jackson. Qui se cache derrière la barbe grise, devenue
blanche de Gandalf ? Réponse à l'heure du thé avec un
gentleman très british rasé de près qui alterne entre
cigarettes et cups of tea :
Entre les
deux premiers épisodes de la Trilogie, Dandalf change
considérablement, comment évolue votre personnage dans LE
RETOUR DU ROI ?
Vous savez, je
suis le plus chanceux de tous les acteurs du film car je joue
deux rôles. Gandalf le Blanc est différent physiquement, même
s'il a la même personnalité que Gandalf le Gris. Il est plus
jeune, il a plus d'énergie et de détermination. Il a une
incroyable responsabilité dans toute l'aventure. On a besoin de
lui. Dans le troisième film, on a à faire au même Gandalf,
mais il se trouve vraiment sous pression avec l devoir de
coordonner toues les forces pour arriver au terme de sa mission.
Dans le dernier épisode, il se fait de plus en plus de soucis
pour Frodon, il se sent vraiment responsable de son sort.
Votre
personnage est très puissant dans Les Deux Tours, mais on ne le
voit que très peu, comment avez-vous abordé l'interprétation
du personnage dans de telles conditions ?
Je savais qui
était Gandalf le Blanc en tant que personne, parce que je ne
l'ai jamais considéré immortel, je ne pensais jamais au fait
qu'il avait 7000 ans. Comme toute la Trilogie a été tournée
en même temps, on ne pensait pas "tiens aujourd'hui nous
tournons une scène du RETOUR DU ROI". Tout était
mélangé, nous n'étions pas conscients du découpage des
films.
Comment
avez-vous donc donné vie à Gandalf ?
Non. Si vous
faites un film basé sur un livre, vous avez la chance de
pouvoir regarder comment Tolkien décrit le personnagen mais
cela ne va pas plus loin que ça. Je n'ai fait aucune recherches
en dehors du livre. C'était à mon avantage de ne pas avoir lu
la Trilogie, parce que j'ai d'abord accepté le film sur son
script, c'est ce qui m'a plu. De toutes façons j'étais obligé
de suivre le scripte.
Vous
n'étiez donc pas libre dans vore interprétation, Peter Jackson
était toujours derrière vous ?
Vous savez, il
était tellement investi dans ce film ! Il m'a très bien
guidé. Mais le livre était notre Bible, et souvent, en début
de journée certains acteurs qui avaient lu des passages du
livre la veille allaient voir Peter pour lui dire qu'on avait
oublié quelque chose dans une scène. Si c'était un détail
important dans le livre, on pouvait faire des changements, mais
rien de très personnel n'était possible. De toutes façons,
les personnages sont très simples et clairs.
Donc
incarner Gandalf était bien plus simple qu'un héros
Shakespearien comme Richard III ?
Evidemment,
Shakespeare est plus compliqué, avec de nombreux détails. Le
plus difficile pour Gandalf était la préparation physique, le
maquillage, pour qu'il ressemble au héros du livre. Comme le
design du film était inspiré par l'oeuvre d'Alan Lee et John
Howe, les illustrateurs du livre, ces deux hommes ont travaillé
sur le film, ils ont dessiné et conçu les personnages. Une
fois qu'on a trouvé le bon look pour Gandalf je suis entré
dans le personnage immédiatemment. Cela nous a pris plus de
trois jours pour arriver au visage final de Gandalf le Gris,
c'était du boulot. Je n'avais plus qu'à trouver la bonne voix.
J'avais entendu Tolkien raconter des passages du livre avec une
voix rocailleuse, je l'ai imité en me disant que ça ferait
l'affaire. Après cela, les scènes sont tellement fortes,
qu'elles se jouent presque toutes seules.
Gandalf,
comme Magneto dans X-MEN ou Richard III, sont des personnages
très extrêmes, qu'est-ce qui vous attire vers ce genre de
personnages ?
Choisir le
diable est souvent le meilleur choix, et j'ai joué de terribles
personnages, j'ai joué Macbeth au théâtre.
Certaines
personnes trouvent contradictoires le fait de jouer des pièces
classiques et des franchises pleines d'effets spéciaux, qu'en
pensez-vous ?
Je ne les
différencie pas. Je suis une personne très éclectique dans la
vie. J'aime la culture populaire, j'aime les comédies
musicales, les ballets, l'opéra, Shakespeare, les pièces
modernes, les petites et les grosses productions, et je veux
être un acteur qui fasse toutes ces choses.
Vous avez
écrit, produit et joué RICHARD III, était-ce une façon pour
vous de vulgariser Shakespeare à l'écran, pour des personnes
qui ne vont pas forcément au théâtre ?
J'ai toujours
aimé mettre Shakespeare à la portée de tous. C'est un grand
dramaturge, il a les meilleures histoires, les personnages les
plus fascinants, il a tellement à nous apprendre sur la
condition humaine. Mais je detesterais que les spectateurs
s'ennuient lorsqu'ils viennent me voir, je veux qu'ils se
sentent investis. C'est quand je tournais avec la pièce Richard
III que j'ai décidé d'écrire script pour en faire un film.
C'était un double challenge, traduire une pièce au language
cinématographique, et être à la hauteur en tant qu'acteur de
théâtre, car je n'avais jamais joué Shakespeare au cinéma.
Et j'ai été récompensé, car des réalisateurs m'ont vu et se
sont dit : "Tiens Mckellen n'est pas qu'un acteur de
théâtre".
Ce passage
du théâtre au cinéma était donc planifié ?
C'est vrai,
c'était une sorte d'appel aux réalisateurs. J'ai tourné X-MEN
grâce à RICHARD III, GODS AND MONSTERS aussi. Je suis sûr que
Peter Jackson l'a vu.
Cette
rénommée internationale vous manquait ?
Non ça s'est
fait tout seul. Mes deux grandes ambitions d'acteur ont été de
toujours travailler et de m'améliorer. Je ne me suis jamais dit
"ça y est, j'ai réussi, je peux me reposer
maintenant". Et ce qui me plait dans les nouveaux rôles,
c'est que je ne suis jamais sûr que j'arriverai à les jouer,
c'est excitant. En tournant dans LE SEIGNEUR DES ANNEAUX, tout
le monde me disait que ça allait changer ma vie. Et c'est vrai,
je suis plus connu maintenant. Mais ce n'est pas moi, Ian
McKellen qui suis connu, c'est Gandalf. Quand des enfants ou des
adultes me reconnaisent dans la rue, ils reconnaissent Gandalf.
Je suis en quelque sorte l'agent de Gandalf, son représentant.
(Rires) Ce qui est génial pour moi, parce que je ne veux pas
être connu personnellement mais je veux que mes personnages le
soient.
Vous avez
été anobli en 1990, est-ce que cela a changé le cours de
votre carrière ?
En fait, je
prenais mon petit-déjeuner rive gauche à Paris, je regardais
la télévision. C'était le jour du départ de Madame Tatcher,
elle quittait ses fonctions. Juste au moment ou Tatcher passe la
porte de "10 Downing Street" à la télé, mon
téléphone sonne. Je réponds et la voix m'a dit "C'est 10
Downing Street". Je me suis tout de suite dit que ça
devait être un ami dans l'hôtel qui me faisait marcher alors
j'ai répondu ironiquement : "Bien sûr" en n'y
croyant pas du tout. "Le premier ministre vous cherche pour
vous anoblir". Ca m'a pris un moment vant de vraiment y
croire. En tout cas, c'est très flatteur pour un acteur
anglais, parce que tous les grands acteurs de ma jeunesse ont
été anoblis : Laurence Olivier, John Gielgud, Ralph
Richardson.
Vous faites
parti du clan maintenant...
C'est vrai,
j'ai le droit d'être en leur compagnie sur le papier. Tout le
monde sait que ce n'est pas une récompense venant de la reine,
ni du gouvernement, c'est une récompense de son pays. C'est
comme une tape dans le dos amicale. Mais j'aurais quand-même
préféré qu'il n'y ait pas le terme "Sir".
Pourtant
certains acteurs sont tellement fiers de ce titre qu'ils exigent
qu'on les appelle ainsi...
Pour moi, au
contraire je ne préfère pas. Le plus important pour moi était
qu'au moment où on m'a anobli, j'étais très engagé
politiquement pour les droits homosexuels.
Vous avez
fait votre "coming out" l'année précédente, en
1989...
Tout à fait,
cette récompense signifiait donc pour moi que les choses
commençaient à changer en Angleterre pour les gais, ça m'a
donc aussi fait plaisir pour tous les autres. Et avec le
"Sir", comme par magie, certaines portes s'ouvrent
plus facilement qu'avant.
Pensez-vous
que votre "coming out" ait changé quelque chose dans
votre manière de jouer ?
Absolument.
Cela changerait n'importe qui, parce que vous êtes enfin
honnête. Les acteurs gais subissent une pression terrible,
encore aujourd'hui. A Hollywood par exemple, on conseille aux
jeunes comédiens de le cacher.
Encore
aujourd'hui ?
Citez-moi un jeune acteur gai américain à Hollywood, on n'en
connait que très peu, et vous pensez qu'ils sont tous hétéros
?
Imaginez vous,
en train de mentir toute la journée, tous les jours.
Cela veut
dire jouer la comédie même quand on ne tourne pas...
Exactement. Et
je pense que c'est aussi pour cela que de nombreux gais
deviennent acteurs, parce que cela fait partie de leur vie. Mais
depuis que j'ai compris que l'honnêteté est la meilleure
conduite à prendre, cela a tout changé, ma relation aux
autres, à ma famille. J'ai beaucoup plus confiance en moi, ce
qui est plus important que tout pour un acteur.
Cela
correspond à la période où vous avez commencé à tourner
dans des films...
En fait, ma
carrière à l'écran a vraiment débuté à ce moment-là,
c'est vrai début 90, si mon exemple peut aider les gens, tant
mieux.
Parlons
d'avenir, qu'en est-il du MARCHAND DE VENISE, le film que vous
devez bientôt tourner aux côtés d'Al Pacino ?
Malheureusement,
ça ne va pas être possible. Le tournage est constamment
retardé, et je pars en tournée avec la pièce de Strindberg LA
DANSE DE MORT en janvier en Australie. Je ne pourrai donc pas
être à Venise, ça me déçoit énormément.
Quel rôle
regrettez-vous de ne pas avoir joué ?
Celui-ci
justement, Antonio, le marchand de Venise. Il me tient à coeur
parce que pour moi, c'est le seul personnage ouvrertement gai
chez Shakespeare, et il est rarement interprété de cette
manière. Dommage, cela restera le rôle idéal que je n'aurai
jamais joué.
Pouvez-vous
nous parler d'X-MEN 3 ?
Pour l'instant
on l'évoque, il va peut-être y avoir une suite avec Bryan
Singer à la réalisation. Le deuxième épisode ayant autant
marché que le premier, je ne vois pas pourquoi il n'y aurait
pas de suite. Mais je ne sais pas si Magneto sera là. Ils
peuvent très bien décider de raconter un moment de sa vie
lorsqu'il était plus jeune, donc sans moi.
Le
maquillage fait des merveilles aujourd'hui...
C'est vrai. En
plus ça tomberait bien, je ne veux pas me cantonner aux vieux
personnages, mais c'est ce qu'on me propose. On m'a même
demandé de jouer Dieu la semaine dernière ! (rires)
Dans quel
film ?
La suite de THE
MASK avec Jim Carrey. C'est le personnage le plus vieux qu'on
puisse imaginer quand-même ! Après avoir joué Dieu, on n'est
obligé de s'arrêter, non ? J'ai donc refusé.
By Clarice
Starling
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